Page par page: « Très beau roman dans lequel j’ai aimé me plonger avec lenteur et fascination »

Un jour, je suis tombée sur un poste d’enseignant à Iqaluit, la capitale du Nunavut. La description de l’emploi ne donnait pas trop de détails sur la tâche, à part le fait que l’Aurore boréale était « l’école francophone la plus nordique au monde ». Cet exploit géographique était-il important au point de mériter l’emphase? En quoi était-ce si extraordinaire de s’imaginer travailler dans un endroit qui n’avait plus d’homologues au-delà du cercle polaire?

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Une jeune femme qui s’exile dans le nord pour panser ses blessures. Une enseignante désabusée qui tente de dresser des élèves qu’elle ne comprend pas. Une amoureuse qui se refuse. Une trentenaire immigrée qui s’intègre, s’assimile, se révolte. Irina, c’est toutes ces femmes, toutes ces identités complexes. Dans la nuit polaire d’une existence abimée, elle se réinvente, se protège, se reconstruit. Dix ans après avoir vu sa photo publiée dans un grand magazine, dix ans après avoir perdu le soldat canadien posté en Afghanistan qu’elle ne connaissait finalement presque pas, elle essaye de reprendre contrôle sur sa vie, ses envies, sa confiance et ses peurs. Mais après toutes ces nuits de solitude, peut-on échapper à un passé si publique? Et par-dessus tout, peut-on échapper aux longues nuits d’Iqaluit?

 

Les chauffeurs de taxi représentaient le nouveau visage d’Iqaluit. Le grand récit de la communauté ne se limitait plus aux igloos, aux baleiniers et aux chasseurs de phoque, elle incluait maintenant les histoires migrantes.

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Histoire d’immigration, d’hiver, de tristesse et d’amour, le dernier roman de Felicia Mihali intitulé Une nuit d’amour à Iqaluit nous fait découvrir l’histoire d’une communauté à travers le regard d’une étrangère, quand les échanges sont teintés des différences, du besoin de connexion, du rejet de l’autre, de l’incompréhension. À travers la relation d’Irina avec la petite Eli, et son oncle, le policier Liam O’Connor, nous découvrons la difficulté de s’ouvrir à l’autre, de l’accepter, d’être à la hauteur de ses attentes. Entrecoupée de passages sur l’histoire de la région et du pays à la fois intéressants et parfois longs, Une nuit d’amour à Iqaluit est un long voyage dans l’intimité froide du nord.

J’aurais aimé dire à Eli que ce n’était pas à moi, mais à eux de décider des conséquences de leurs méfaits. Ils savaient mieux que moi ce qui était bien ou mal. Moi, je n’étais qu’une autre professeure inadéquate des temps modernes, périmée et démodée à seulement 34 ans. Pourquoi exigeait-elle autant de moi? Thomas savait mieux que moi ce qu’il y avait à faire. Pourquoi n’agissait-elle pas comme les autres au lieu de me transformer en bourreau ?

– p. 114

 

Très beau roman dans lequel j’ai aimé me plonger avec lenteur et fascination, Une nuit d’amour à Iqaluit, publié aux éditions Hashtag, fait suite à La bien-aimée de Kandahar, paru en 2016 aux éditions Linda Leigh. Il n’est toutefois pas indispensable d’avoir lu la première histoire d’Irina pour s’attacher à elle et comprendre son vécu.

  • Autrice : Felicia Mihali
  • Maison d’édition : Hashtag
  • Date de parution : Avril 2021
  • Nombre de pages : 383

Crédit photo : Annick Lavogiez

Une nuit d’amour à Iqaluit